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L'Eglise Saint Bruno de Grenoble a été construite entre 1874 et 1878. Edifiée dans le quartier industriel qui était alors en cours de développement, elle devait rapidement devenir un "signal" pour toute la ville, avec une fléche culminant à 67 mètres, qui pendant longtemps fût le bâtiment le plus élevé de Grenoble.

Après l'érection en paroisse en 1866, un concours d'architecte est lancé par la ville en 1869, pour l'édification d'une grande église de 1000 mètres carré. Le choix du terrain donne lieu à d'âpres discussions et c'est finalement le choix des habitants, contre celui du curé, qui est retenu. Les concurrents viennent de la France entière. Le projet d'Anatole de Baudot est retenu à l'issue du concours, mais ce n'est pas celui qui sera construit... C'est l'architecte Alphonse Durand qui dessine finalement le projet définitif ; là encore, ce n'est pas lui qui dirige le chantier, confié à deux architectes rivaux, Eugène Perronet et Alfred Berruyer. Une tradition insistante attribue à ce seul Berruyer la construction de l'église, peut-être à cause de la notoriété que lui valait son titre d'architecte diocésain. On lui doit, par exemple, la curieuse façade plaquée autrefois devant la cathédrale Notre-Dame et qui a été démolie lors des travaux de restauration de la fin du XXe siècle.

L'Eglise finalement construite est donc un peu éloignée du projet d'origine. Son plan classique est une croix latine de vaste dimension, avec une abside orientée au Sud et non à l'Est, mais pour d'évidentes raisons d'urbanisme et de forme de la place. La nef principale est flanquée de deux bas-côtés.

Il est difficile d'attribuer un style tranché à cette construction. Le mélange stylistique est curieux et associe une base assez clairement néo-gothique à des éléments néo-romans et même d'inspiration mauresque. Les croisées d'ogive, visibles sans difficulté dans la voûte de la nef principale ou dans les bas côtés, sont de nette inspiration néo-gothique. Elles sont curieusement sous-tendues par des arcs en plein cintre, d'inspiration néo-romane, tout comme les ouvertures, aussi bien celles de la première rangée, qui portent les vitraux, que celles de la seconde rangée, en hauteur, fermées en verre clair cerclé de bleu.

Le bâtiment a été entièrement construit en ciment moulé, selon la technique de Vicat, en pleine expansion à l'époque. Elle s'inscrit donc parfaitement dans le style des constructions du quartier, pleinement marqué par cette technique nouvelle. Citons par exemple quelques remarquables façades industrielles, en particulier celles des ganteries, qui ont bien illustré cette invention de Vicat. Il est difficile en revanche de savoir de manière définitive si le choix a été délibéré ou s'il s'est imposé par la force des choses et notamment par le manque de pierre de taille nécessaire pour un bâtiment aussi vaste.

Il est facile aujourd'hui de repérer la structure béton moulé : ce sont tous les éléments de couleur marron tirant sur le gris, qui ont été restitués dans leur état d'origine et laissés tels qu'ils étaient lors de la construction dans les années 1870.

L'Eglise a subi un important remaniement dans les années 1970 : démolition du maître autel, qui se trouvait au fond de l'abside, démolition des deux autels latéraux, situés dans les deux bras du transept, démolition de la barrière de chancel (ou table de communion) qui séparait la nef du choeur. On a reconstruit à la place une estrade en pierre, à la croisée du transept, sur laquelle se trouve aujourd'hui l'autel. A la même époque, les grandes orgues situées en tribune au fond de l'église ont été désaffectées, la mécanique a été pour l'essentiel démontée, à l'exception du buffet (qui date de la construction de l'église) et des tuyaux de montre. A la place un instrument moderne, construit par un facteur de Villeurbanne, a été installé au fond de l'abside, à l'emplacement de l'ancien maître autel.

D'importants travaux de restauration ont été entrepris dans l'église entre 2005 et 2008 sous Jacques Reydel, prêtre modérateur de la paroisse Jean XXIII, en même temps que la construction de la Maison Paroissiale autour de l'église Saint Jean. Ces travaux, pour Saint Bruno, ont consisté à reprendre entièrement l'intérieur de l'église : réfection des ciments moulés, avec l'intervention, et le mécénat de l'entreprise Vicat, qui a, pour l'occasion, retrouvé les techniques d'origine; peinture des voûtes et des murs, reprise de tout le système électrique, avec notamment une attention particulière portée à l'éclairage, destiné à mettre en valeur l'architecture et les conditions de célébration des cérémonies religieuses ; reprise du système de chauffage ; mise en sécurité. La maîtrise d'oeuvre du chantier de restauration a été menée par les services techniques de la Ville de Grenoble, propriétaire de l'Eglise.

Toutes les conditions sont en 2009 réunies pour refaire de l'église Saint Bruno, le phare qu'elle a toujours été, dés l'origine dans ce quartier auquel elle est indéfectiblement liée. Il est même intéressant de rappeler aux visiteurs que cette église, dont l'histoire ne peut se comprendre qu'en la liant très évidemment et très fortement à celle du quartier industriel pour lequel elle a été édifiée, a été pendant des décennies un lieu fécond de la réflexion des Chrétiens sur la vie en société, dans la ligne de la doctrine sociale de l'Eglise.

Ce mouvement s'est mis en place à l'instigation des premiers curés de St Bruno, et notamment du premier d'entre eux, Martin Berlioux ; mais aussi d'un groupe de laïcs remarquables, dont Emile Romanet, l'un des fondateurs, en 1906, de la Ruche St Bruno, étonnant modèle de christianisme social, qui avait pour principale mission de coordonner l'ensemnle des oeuvres de la paroisse, dont certaines étaient très originales pour l'époque ( une bibliothèque, une représentation de la Passion, des assemblées de prière, et même un système de complément de salaire familiale qui allait servir de modèle aux allocations familiales ). Bernard Bligny, dans son Histoire du diocèse de Grenoble , n'hésite pas à dire que " Saint Bruno était devenu comme une petite cité de Dieu"

A remarquer dans l'Eglise :

Plusieurs éléments à l'intérieur de l'église méritent qu'on s'y arrête. A l'extrémité de chaque bras du transept, deux grands tableaux de Jules Flandrin, peints après une commande de la paroisse en 1930, à l'époque où le peintre rentre définitivement de Paris pour s'installer à Grenoble. Ces grands tableaux représentent deux scènes de la vie de Saint Bruno : Saint Bruno conduit dans la Chartreuse par Saint Hugues, l'évêque de Grenoble (transept gauche) ; Saint Bruno et ses compagnons s'installent dans le désert de Chartreuse ( transept droit). Deux autres tableaux dans les deux bras du transept : à gauche, Assomption de la Vierge ; à droite, Saint Bruno en prière. Voir également le monument à la mémoire de Martin Berlioux, premier curé de Saint Bruno, dans le bas-côté gauche. En face, dans le bas-côté droit, le monument aux morts de la guerre de 1914 (époque du R.P. Cottin, curé). A l'extrémité de chaque bas-côté ; les fonds baptismaux, dans le style de l'époque ; en vis-à-vis dans l'autre bas-côté, la chapelle de Sainte Anne, avec la Vierge enfant, également dans le style de l'église.

TABLEAUX DE FLANDRIN

Ces deux tableaux, remis en valeur dans l'église restaurée, rapportent d'un coté, l'accueil du fondateur du couvent de la Grande Chartreuse et de ses six compagnons par Saint Hugues, évêque de Grenoble au Xe siècle, et de l'autre, son arrivée dans le désert des montagnes.

Ces peintures nous invitent à s'évader dans le silence des montagnes et nous convient à prendre le temps de nous libérer du quotidien pour contempler et tourner nos esprits vers le créateur. C'est la marque de ces peintures. Leur facture est nouvelle par rapport aux époques précédentes et à l'impressionnisme. Flandrin peint par aplat avec une grande variété de verts et de bleus évoquant la sérénité et le calme. Dans le tableau de l'accueil, le centre est occupé par ces deux personnages dont les mains se rejoignent. Des marques de couleurs vives indiquent la dignité épiscopale contrastant avec le blanc des bures monastiques. Déjà une caravane de mules grimpe les pentes alors qu'au pied s'établit une relation entre deux époques, celle du peintre qui s'est représenté avec sa mère et un enfant et celle de l'époque de la fondation par le moine qui leur parle. Le deuxième tableau marque l'arrivée dans les prairies de la montagne où les moines vont s'installer. Le regard de Saint Bruno est tout attiré vers le ciel et la lumière.

Action et contemplation...voilà sans doute le message délivré.

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